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Leçon 1

L'inégalité de Bienaymé-Tchebychev

Vidéo 1 : L'inégalité de Bienaymé-Tchebychev · 4 min 39 s · sous-titres en français

Le cours écrit

1.1 L'écart type, unité naturelle d'écart

Soit XX une variable aléatoire d'espérance μ\mu, de variance V(X)V(X) et d'écart type σ\sigma. L'écart type mesure la dispersion de XX autour de μ\mu : c'est l'unité naturelle pour parler des écarts. Par construction, il est naturel d'observer des écarts de XX à μ\mu de l'ordre de σ\sigma, en deçà ou au-delà.

Exemple 1 (une laverie). Dans une laverie automatique, le nombre XX de machines occupées à midi suit la loi suivante.

xx 22 33 44 55 66
P(X=x)P(X = x) 0,10{,}1 0,20{,}2 0,40{,}4 0,20{,}2 0,10{,}1

On trouve μ=2×0,1+3×0,2+4×0,4+5×0,2+6×0,1=4\mu = 2 \times 0{,}1 + 3 \times 0{,}2 + 4 \times 0{,}4 + 5 \times 0{,}2 + 6 \times 0{,}1 = 4, puis V(X)=0,1×4+0,2×1+0,4×0+0,2×1+0,1×4=1,2,V(X) = 0{,}1 \times 4 + 0{,}2 \times 1 + 0{,}4 \times 0 + 0{,}2 \times 1 + 0{,}1 \times 4 = 1{,}2, et σ=1,2≈1,10\sigma = \sqrt{1{,}2} \approx 1{,}10. Un écart de 11 à l'espérance, de l'ordre de σ\sigma, est tout à fait normal : P(X=3 ou X=5)=0,4P(X = 3 \text{ ou } X = 5) = 0{,}4.

1.2 L'inégalité

Propriété (inégalité de Bienaymé-Tchebychev). Pour une variable aléatoire XX d'espérance μ\mu et de variance V(X)V(X), et quel que soit le réel strictement positif δ\delta : P(∣X−μ∣⩾δ)⩽V(X)δ2.P\big(\lvert X - \mu \rvert \geqslant \delta\big) \leqslant \frac{V(X)}{\delta^2}.

L'événement ∣X−μ∣⩾δ\lvert X - \mu \rvert \geqslant \delta signifie que XX tombe loin de μ\mu : X⩽μ−δX \leqslant \mu - \delta ou X⩾μ+δX \geqslant \mu + \delta.

Elle vaut pour toutes les lois, et il suffit de connaître μ\mu et V(X)V(X). On peut donc l'utiliser sans connaître la loi de XX.

Exemple 2 (vérification). Dans la laverie, prenons δ=2\delta = 2. L'événement ∣X−4∣⩾2\lvert X - 4 \rvert \geqslant 2 est réalisé quand X=2X = 2 ou X=6X = 6, donc P(∣X−4∣⩾2)=0,2P\big(\lvert X - 4 \rvert \geqslant 2\big) = 0{,}2. L'inégalité annonce au plus 1,222=0,3\dfrac{1{,}2}{2^2} = 0{,}3 : c'est bien vrai.

Avec δ=1\delta = 1, la borne vaut 1,21{,}2. Elle dépasse 11 : l'inégalité est vraie, mais elle ne dit rien.

1.3 Pourquoi elle est vraie

Cette preuve n'est pas exigible. Elle n'est pas dans la liste des démonstrations du programme, mais elle est courte et elle éclaire le résultat.

On note x1,…,xmx_1, \ldots, x_m les valeurs de XX et p1,…,pmp_1, \ldots, p_m leurs probabilités.

  • La variance est une somme de termes positifs : V(X)=∑ipi (xi−μ)2V(X) = \displaystyle\sum_i p_i\,(x_i - \mu)^2.
  • On retire tous les termes où ∣xi−μ∣<δ\lvert x_i - \mu \rvert < \delta : la somme diminue.
  • Dans les termes qui restent, (xi−μ)2⩾δ2(x_i - \mu)^2 \geqslant \delta^2.

V(X)⩾∑∣xi−μ∣⩾δpi (xi−μ)2⩾∑∣xi−μ∣⩾δpi δ2=δ2 P(∣X−μ∣⩾δ).V(X) \geqslant \sum_{\lvert x_i - \mu \rvert \geqslant \delta} p_i\,(x_i - \mu)^2 \geqslant \sum_{\lvert x_i - \mu \rvert \geqslant \delta} p_i\,\delta^2 = \delta^2\,P\big(\lvert X - \mu \rvert \geqslant \delta\big).

On divise par δ2\delta^2, qui est strictement positif.

1.4 Des écarts mesurés en sigma

Prenons δ=kσ\delta = k\sigma, avec k>0k > 0 (et σ>0\sigma > 0). La borne devient σ2k2σ2=1k2\dfrac{\sigma^2}{k^2\sigma^2} = \dfrac{1}{k^2} : P(∣X−μ∣⩾kσ)⩽1k2.P\big(\lvert X - \mu \rvert \geqslant k\sigma\big) \leqslant \frac{1}{k^2}.

kk 11 22 33 55
Probabilité au plus 11 14\dfrac14 19\dfrac19 125\dfrac{1}{25}

Pour k=1k = 1, la borne ne dit rien : un écart de l'ordre de σ\sigma n'a rien d'étonnant. En revanche, des écarts de quelques σ\sigma deviennent improbables.

Exemple 3 (la piscine). Une piscine municipale accueille chaque mercredi un nombre XX de nageurs, d'espérance 200200 et d'écart type 1515. On ne connaît pas la loi de XX. Une journée à 260260 nageurs ou plus est-elle rare ?

On a V(X)=225V(X) = 225, et 260−200=60=4σ260 - 200 = 60 = 4\sigma. Si X⩾260X \geqslant 260, alors ∣X−200∣⩾60\lvert X - 200 \rvert \geqslant 60. Donc P(X⩾260)⩽P(∣X−200∣⩾60)⩽225602=116=0,0625.P(X \geqslant 260) \leqslant P\big(\lvert X - 200 \rvert \geqslant 60\big) \leqslant \frac{225}{60^2} = \frac{1}{16} = 0{,}0625.

1.5 Un peu d'histoire

Le mathématicien français Bienaymé (en 1853, publication en 1867) et le mathématicien russe Tchebychev (en 1867) démontrent l'inégalité qui porte leur nom, en parlant de fréquences d'échantillons plutôt que de variables aléatoires.

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Exercices 1 et 2

  • Exercice 1 : le standard de la mairie
  • Exercice 2 : les bornes de recharge

Exercices du chapitre (PDF, 135 Ko)

Corrigés

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Corrigés du chapitre (PDF, 136 Ko)

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