Beaucoup d'équations n'ont pas de solution que l'on sait écrire : , , … On peut pourtant prouver qu'elles ont des solutions, dire combien, et les encadrer aussi finement qu'on veut. L'outil est la continuité, et son théorème principal, le théorème des valeurs intermédiaires. Le même outil permet de trouver la limite d'une suite définie par .
Dans tout le chapitre, désigne un intervalle de et la courbe représentative de la fonction dans un repère du plan. Le programme précise : « La justification de la continuité ou de la dérivabilité d'une fonction sur un intervalle n'est pas un objectif du programme. »
Leçon 1 : Continuité en un point et sur un intervalle
1.1 L'idée
Une fonction est continue quand sa courbe se trace sans lever le crayon : quand varie un peu, varie un peu, sans saut. C'est une image utile ; la définition passe par les limites.
1.2 Définition
Définition. Soit une fonction définie sur un intervalle et un réel de .
- est continue en si .
- est continue sur si elle est continue en chaque réel de .
Autrement dit, quand se rapproche de , se rapproche de . La limite en un réel a été définie au chapitre 4 : tout intervalle ouvert contenant contient toutes les valeurs pour assez proche de .
1.3 Limite à gauche, limite à droite
Pour une fonction définie « par morceaux », on étudie séparément ce qui se passe à gauche et à droite de (chapitre 4, leçon 2).
Propriété. Soit un réel qui n'est pas une borne de . La fonction est continue en si et seulement si sa limite à gauche en et sa limite à droite en existent et sont toutes deux égales à .
Méthode. On compare trois nombres : la limite à gauche, la limite à droite et la valeur . S'ils sont égaux, est continue en ; sinon, elle ne l'est pas.
1.4 Exemples
Exemple 1 (un prix en escalier). Dans un parking, on paie euros par heure entamée, pendant heures au plus. Le prix payé, en euros, pour une durée de heures est En : à gauche, , donc la limite à gauche vaut . À droite, : la limite à droite vaut . Elle est différente de , donc n'est pas continue en . Il en est de même en et en . En tout autre réel de , est constante autour de ce réel, donc continue. Sa courbe est faite de quatre paliers : elle « saute » en , et .
Exemple 2 (un raccord réussi). Soit
- À gauche de : .
- À droite de : .
- .
Les trois nombres sont égaux : est continue en . Sa courbe se raccorde sans saut au point .
Exemple 3 (un raccord raté). Soit À gauche, la limite vaut , mais à droite, . La fonction n'est pas continue en : sa courbe saute du point au point , qui n'est pas sur la courbe.
Exemple 4 (choisir un paramètre). Pour quelle valeur du réel la fonction est-elle continue en ?
À gauche et en : . À droite : . Il faut , soit .
1.5 Lecture graphique
- Sur un intervalle, la courbe d'une fonction continue est d'un seul tenant.
- Un « saut » de la courbe en un point d'abscisse signale une fonction qui n'est pas continue en .
- On ne parle de continuité que là où la fonction est définie. La fonction inverse n'est pas définie en ; elle est continue sur et sur , même si sa courbe a deux branches.
Leçon 2 : Dérivabilité et continuité
2.1 Le théorème
Théorème. Si est dérivable en un réel , alors est continue en . Par conséquent, une fonction dérivable sur un intervalle est continue sur .
Pourquoi. Pour , on écrit Quand tend vers , le premier facteur tend vers et le second vers le nombre dérivé . Par produit, tend vers , c'est-à-dire .
2.2 La réciproque est fausse
Une fonction peut être continue en sans y être dérivable.
Exemple 5 (la racine carrée en ). : la fonction racine carrée est continue en . Mais, pour , son taux de variation entre et vaut qui tend vers quand tend vers . La racine carrée n'est pas dérivable en : sa courbe y a une tangente verticale.
Exemple 6 (un angle). La fonction valeur absolue, , vaut si et si . Ses limites à gauche et à droite en valent : elle est continue en . Mais son taux de variation entre et vaut , égal à si et à si : il n'a pas de limite, et la fonction n'est pas dérivable en . Sa courbe forme un angle à l'origine.
Contraposée. Le théorème s'écrit aussi : si n'est pas continue en , alors elle n'y est pas dérivable. Le prix du parking (exemple 1) n'est pas dérivable en .
2.3 Les fonctions continues à connaître (admis)
| Fonction | Continue sur |
|---|---|
| fonctions polynômes (, entier naturel, et leurs combinaisons) | |
| et | |
Les sommes, produits, quotients et composées de fonctions continues sont continues sur chaque intervalle où elles sont définies. On l'admet. En pratique, pour une fonction construite à partir des fonctions de référence, il suffit de citer ce résultat : la seule vraie question de continuité se pose aux points de raccord d'une fonction définie par morceaux.
2.4 Des limites immédiates
Si est continue en , alors : il suffit de remplacer par .
Exemple 7. ; ; .
Lien avec les chapitres précédents. Au chapitre 4, on a admis que la limite en d'une fonction de référence définie en est sa valeur en : c'est exactement leur continuité. Au chapitre 5, pour comprendre la dérivée d'une composée, on a admis que tend vers quand est dérivable en : c'est le théorème 2.1.
2.5 Une convention des tableaux de variations
Dans un tableau de variations, une flèche oblique signifie que la fonction est continue et strictement monotone sur l'intervalle correspondant. C'est la convention utilisée dans les manuels et dans les sujets d'examen ; on s'en sert à la leçon 4 pour compter les solutions d'une équation.
Leçon 3 : Le théorème des valeurs intermédiaires
3.1 L'énoncé (admis)
Théorème des valeurs intermédiaires. Soit une fonction continue sur un intervalle . Pour tout réel compris entre et , il existe au moins un réel de tel que .
Autrement dit, l'équation admet au moins une solution dans .
3.2 Ce que dit le théorème
- Graphiquement : la droite d'équation coupe la courbe de au moins une fois entre les abscisses et .
- Au moins une : il peut y avoir plusieurs solutions. Le théorème donne l'existence d'une solution, ni sa valeur, ni le nombre de solutions.
- Cas le plus fréquent : si et sont de signes contraires, alors est compris entre eux, et l'équation a au moins une solution dans .
3.3 La continuité est indispensable
Reprenons le parking de l'exemple 1 : et , et est compris entre et . Pourtant, aucune durée ne donne : la fonction « saute » de à . Le théorème ne s'applique pas, car n'est pas continue sur .
3.4 La méthode
Pour montrer que l'équation a au moins une solution dans , on vérifie trois points :
- est continue sur ;
- on calcule et ;
- est compris entre et .
Exemple 8. Soit . Montrons que l'équation a au moins une solution dans .
- est une fonction polynôme : elle est continue sur .
- et .
- est compris entre et .
D'après le théorème des valeurs intermédiaires, l'équation admet au moins une solution dans .
Exemple 9 (combien en tout ?). Avec la même fonction : , , , et . Le théorème, appliqué sur , et , donne au moins une solution dans chacun de ces intervalles. Ils n'ont aucun point commun, sauf , qui n'est pas solution : l'équation a donc au moins trois solutions. La leçon 4 montre qu'elle en a exactement trois.
3.5 En contexte
Exemple 10. À h, un thermomètre indique °C ; à h, il indique °C. La température varie de façon continue au cours du temps. Comme est compris entre et , il existe au moins un instant entre h et h où il a fait exactement °C. Le théorème ne dit pas quand, ni combien de fois.
Leçon 4 : Fonction strictement monotone : une unique solution
4.1 Le théorème
Le programme le nomme « cas des fonctions continues strictement monotones » ; on l'appelle souvent le corollaire du théorème des valeurs intermédiaires.
Théorème. Soit une fonction continue et strictement monotone sur un intervalle . Pour tout réel compris entre et , l'équation admet une unique solution dans .
4.2 Pourquoi une seule solution
- Existence : c'est le théorème des valeurs intermédiaires.
- Unicité : supposons strictement croissante. Si et sont deux réels de avec , alors : ils ne peuvent pas valoir tous les deux. Il y a donc au plus une solution. Le raisonnement est le même si est strictement décroissante, avec .
4.3 Intervalles ouverts ou non bornés
Le théorème s'étend à un intervalle quelconque, ouvert ou non borné, en remplaçant et par les limites de aux bornes de l'intervalle (on l'admet). Par exemple, si est continue et strictement croissante sur , avec et , alors toute valeur est atteinte exactement une fois sur .
4.4 Compter les solutions d'une équation
Méthode. On dresse le tableau de variations complet de (limites et extremums). Sur chaque intervalle où est continue et strictement monotone, on regarde si est compris entre les valeurs (ou les limites) aux bornes : si oui, il y a une solution et une seule sur cet intervalle ; sinon, aucune.
Exemple 11. Soit sur .
- Dérivée : , positive sur , négative sur , positive sur .
- Limites (terme prépondérant ) : et .
- Valeurs : et .
croissante décroissante croissante
- Sur , est continue et strictement croissante, de à ; : une unique solution .
- Sur , est continue et strictement décroissante, de à ; : une unique solution .
- Sur , est continue et strictement croissante, de à ; : une unique solution .
L'équation a exactement trois solutions . Avec les valeurs de l'exemple 9 : , et .
Exemple 12 (une autre valeur de ). Avec la même fonction, l'équation n'a pas de solution sur , car sur cet intervalle ; sur , est compris entre et : une unique solution. L'équation a exactement une solution.
4.5 Encadrer une solution avec la calculatrice
Exemple 13. Avec le tableau de valeurs de la calculatrice : et . Comme est strictement croissante sur et que , on a . En affinant le pas : et , donc .
4.6 Rédiger
La fonction est continue et strictement croissante sur . De plus et , et . D'après le corollaire du théorème des valeurs intermédiaires, l'équation admet une unique solution dans .
4.7 En déduire le signe d'une fonction
Les solutions de découpent l'axe en intervalles sur lesquels garde un signe constant. Pour , le tableau de variations donne :
Leçon 5 : Encadrer une solution par dichotomie
5.1 Le principe
On sait que l'équation a une unique solution dans , mais aucune formule simple ne la donne. La méthode de dichotomie (du grec « couper en deux ») l'encadre aussi finement qu'on veut.
On part d'un intervalle sur lequel est continue et change de signe.
- On calcule le milieu .
- Si et sont de signes contraires (ou si ), une solution se trouve dans : on remplace par .
- Sinon, change de signe entre et : on remplace par .
- On recommence. À chaque étape, l'amplitude de l'intervalle est divisée par .
5.2 À la main
Exemple 14. sur : et .
étape intervalle milieu nouvel intervalle Après quatre étapes, : l'amplitude est .
5.3 Combien d'étapes ?
En partant d'un intervalle d'amplitude , l'amplitude après étapes vaut . Pour et une précision de , il faut . Comme et , il faut dix étapes. Chaque décimale coûte donc un peu plus de trois étapes, car .
5.4 L'algorithme
En langage naturel (« » se lit « prend la valeur ») :
Tant que b − a > e
m ← (a + b) / 2
Si f(a) × f(m) ≤ 0
b ← m
Sinon
a ← m
Fin Si
Fin Tant que
En Python :
def f(x):
return x**3 - 3*x + 1
def dichotomie(a, b, e):
while b - a > e:
m = (a + b) / 2
if f(a) * f(m) <= 0:
b = m
else:
a = m
return a, b
dichotomie(0, 1, 0.001) renvoie (0.3466796875, 0.34765625) après dix étapes. Donc et à près.
5.5 Remarques
- Le test détecte un changement de signe, que soit croissante ou décroissante.
- L'algorithme suppose que est continue et change de signe sur l'intervalle de départ ; sinon, rien ne garantit l'existence d'une solution.
- S'il y a plusieurs solutions dans , l'algorithme n'en encadre qu'une.
Leçon 6 : Méthodes de Newton et de la sécante
6.1 L'idée de Newton
La dichotomie est sûre mais lente. La méthode de Newton (du nom d'Isaac Newton) remplace la courbe par sa tangente. On part d'un réel proche de la solution ; la tangente à au point d'abscisse coupe l'axe des abscisses en un réel , en général plus proche de la solution ; on recommence à partir de .
6.2 La formule
La tangente au point d'abscisse a pour équation . Elle coupe l'axe des abscisses quand , c'est-à-dire quand . Si :
Exemple 15. , , et .
- .
- et , donc .
- , et .
Trois étapes donnent huit décimales exactes, là où la dichotomie demandait dix étapes pour trois décimales.
6.3 En Python
def fp(x):
return 3*x**2 - 3
def newton(x, n):
for k in range(n):
x = x - f(x) / fp(x)
return x
newton(0, 3) renvoie 0.34729635316386803.
6.4 Quand la méthode échoue
- Si , la tangente est horizontale et ne coupe pas l'axe des abscisses : la formule divise par . Avec et , on a : la méthode ne démarre pas.
- Un point de départ mal choisi peut conduire à une autre solution que celle cherchée, ou ne mener nulle part. On part donc près de la solution, par exemple après quelques étapes de dichotomie.
6.5 Un lien avec le chapitre 2
Pour , on a et La méthode de Héron du chapitre 2, , est donc la méthode de Newton appliquée à .
6.6 La méthode de la sécante
Elle n'utilise pas la dérivée. On part de deux réels et . La sécante qui passe par les points de d'abscisses et a pour équation Elle coupe l'axe des abscisses en
Exemple 16. , et .
- .
- Avec : .
- Puis , , .
6.7 Comparer les trois méthodes
| Méthode | Ce qu'il faut | Vitesse | Point fort |
|---|---|---|---|
| Dichotomie | continue qui change de signe | lente | encadrement garanti |
| Newton | la dérivée et un bon départ | très rapide | peu d'étapes |
| Sécante | deux bons points de départ | rapide | pas de dérivée |
Leçon 7 : Suites et fonctions continues
7.1 Image d'une suite convergente (admis)
Propriété. Si une suite converge vers un réel et si est continue en (et définie en chaque ), alors la suite converge vers .
Exemple 17. tend vers . La fonction exponentielle est continue en , donc . La racine carrée est continue en , donc .
7.2 La limite d'une suite récurrente est un point fixe
Théorème. Soit une fonction continue sur un intervalle , et une suite définie par et , dont tous les termes sont dans . Si converge vers un réel de , alors .
Justification. Quand , (ce sont les mêmes termes, décalés d'un rang). Par continuité de en , . Or : par unicité de la limite, . On dit que est un point fixe de : c'est l'abscisse d'un point d'intersection de et de la droite d'équation .
Remarque. Si est fermé, la condition est automatique : de pour tout , on déduit par passage à la limite (chapitre 2).
7.3 Un exemple du chapitre 1
Exemple 18. Soit et . Au chapitre 1, on a démontré par récurrence que pour tout .
- La suite est croissante et majorée par : elle converge vers un réel (chapitre 2), avec .
- La fonction est continue sur , et tous les termes sont dans . Donc .
- Comme , cela équivaut à , soit , soit . La solution est exclue car .
Donc . Sur le dessin « en escalier », les termes , , , montrent vers le point .
7.4 La méthode
Le programme demande, « pour une fonction continue d'un intervalle dans lui-même », d'étudier une suite définie par .
- Encadrer : trouver un intervalle stable par (c'est-à-dire pour tout , chapitre 1) contenant ; tous les termes sont alors dans .
- Sens de variation : par récurrence, ou avec la propriété du chapitre 1 ( croissante sur stable : la suite est croissante si , décroissante si ).
- Convergence : une suite monotone et bornée converge (chapitre 2).
- Limite : elle est solution de dans ; on élimine les solutions qui ne conviennent pas.
7.5 Attention
L'équation donne seulement les limites possibles ; elle ne prouve pas que la suite converge.
Exemple 19. Soit et . On obtient , , , … : la suite est croissante et pour tout (récurrence), donc elle tend vers . Pourtant, l'équation a deux solutions, et .
Ce qu'il faut retenir du chapitre
- est continue en si ; pour une fonction définie par morceaux, on compare la limite à gauche, la limite à droite et .
- Dérivable implique continue ; la réciproque est fausse ( en ). Les fonctions construites à partir des fonctions de référence sont continues sur chaque intervalle où elles sont définies (admis).
- Théorème des valeurs intermédiaires : si est continue sur , toute valeur comprise entre et est atteinte au moins une fois.
- Corollaire : si de plus est strictement monotone, la valeur est atteinte une seule fois. Le résultat s'étend aux intervalles ouverts ou non bornés, avec les limites aux bornes. Pour compter les solutions, on travaille sur chaque intervalle du tableau de variations.
- Dichotomie : on coupe l'intervalle en deux et on garde la moitié où change de signe ; après étapes, l'amplitude est divisée par .
- Newton : (si ). Sécante : même idée avec la droite qui passe par les deux derniers points.
- Si et est continue en , alors . Si une suite converge, avec continue, sa limite vérifie ; il faut d'abord prouver la convergence.