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Chapitre 1 · Cours écrit

Récurrence et suites

Ce chapitre ouvre l'année. Il rappelle ce que tu sais des suites depuis la Première, puis il t'apprend une nouvelle façon de démontrer : le raisonnement par récurrence. Il sert à prouver qu'une propriété est vraie pour tous les entiers naturels, et tu t'en serviras toute l'année. Les limites de suites viennent au chapitre 2.

Dans tout le chapitre, nn désigne un entier naturel et N\mathbb{N} l'ensemble des entiers naturels 0,1,2,…0, 1, 2, \ldots

Leçon 1 : Rappels de Première sur les suites

Voir la vidéo de la leçon 1

1.1 Deux façons de définir une suite

Une suite (un)(u_n) associe à chaque entier naturel nn un nombre réel unu_n, appelé terme de rang nn. On la définit souvent de deux façons.

  • De façon explicite, un=f(n)u_n = f(n) : on calcule directement n'importe quel terme. Avec un=3n−1u_n = 3n - 1, on a u0=−1u_0 = -1, u1=2u_1 = 2 et u10=3×10−1=29u_{10} = 3 \times 10 - 1 = 29.
  • Par récurrence : on donne le premier terme et une relation un+1=f(un)u_{n+1} = f(u_n) qui permet de passer d'un terme au suivant. Avec v0=2v_0 = 2 et vn+1=3vn−1v_{n+1} = 3v_n - 1, on obtient v1=5v_1 = 5, v2=14v_2 = 14, v3=41v_3 = 41. Pour calculer v3v_3, il faut d'abord v1v_1 puis v2v_2.

On représente une suite par les points de coordonnées (n ;un)(n\,;u_n) dans un repère.

1.2 Suites arithmétiques

Définition. Une suite (un)(u_n) est arithmétique s'il existe un réel rr, appelé raison, tel que un+1=un+ru_{n+1} = u_n + r pour tout nn. On passe d'un terme au suivant en ajoutant toujours rr.

Terme général. Pour tout nn : un=u0+nru_n = u_0 + nr, et plus généralement un=up+(n−p)ru_n = u_p + (n - p)r pour tous entiers nn et pp.

C'est le modèle des évolutions à accroissements constants. Les points (n ;un)(n\,;u_n) sont alignés : c'est le lien avec les fonctions affines.

Sommes. Pour tout entier n≥1n \geq 1 : 1+2+⋯+n=n(n+1)2.1 + 2 + \cdots + n = \frac{n(n+1)}{2}. Plus généralement, une somme de termes consécutifs d'une suite arithmétique vaut nombre de termes×premier terme+dernier terme2.\text{nombre de termes} \times \frac{\text{premier terme} + \text{dernier terme}}{2}.

Exemple 1. Une lycéenne met 2020 € de côté le premier mois, puis, chaque mois, 55 € de plus que le mois précédent. Le montant du mois nn (n≥1n \geq 1) est une suite arithmétique de premier terme u1=20u_1 = 20 et de raison 55 : un=20+5(n−1)=15+5n.u_n = 20 + 5(n - 1) = 15 + 5n. Le douzième mois, elle met de côté u12=20+5×11=75u_{12} = 20 + 5 \times 11 = 75 €. Sur un an, elle économise, en euros, u1+u2+⋯+u12=12×20+752=570.u_1 + u_2 + \cdots + u_{12} = 12 \times \frac{20 + 75}{2} = 570.

1.3 Suites géométriques

Définition. Une suite (un)(u_n) est géométrique s'il existe un réel qq, appelé raison, tel que un+1=q×unu_{n+1} = q \times u_n pour tout nn. On passe d'un terme au suivant en multipliant toujours par qq.

Terme général. Pour tout nn : un=u0×qnu_n = u_0 \times q^n, et plus généralement un=up×qn−pu_n = u_p \times q^{n-p}.

C'est le modèle des évolutions à taux constant : une hausse de t %t\,\% revient à multiplier par 1+t1001 + \frac{t}{100}.

Sommes. Pour tout réel q≠1q \neq 1 et tout entier nn : 1+q+q2+⋯+qn=1−qn+11−q.1 + q + q^2 + \cdots + q^n = \frac{1 - q^{n+1}}{1 - q}.

Exemple 2. On place 1 0001\,000 € à intérêts composés, au taux de 3 %3\,\% par an. Chaque année, le capital est multiplié par 1,031{,}03. Le capital au bout de nn années est une suite géométrique : Cn=1 000×1,03nC_n = 1\,000 \times 1{,}03^n. On trouve C1=1 030C_1 = 1\,030, C2=1 060,90C_2 = 1\,060{,}90, C3≈1 092,73C_3 \approx 1\,092{,}73, et au bout de dix ans C10=1 000×1,0310≈1 343,92C_{10} = 1\,000 \times 1{,}03^{10} \approx 1\,343{,}92 €.

Exemple 3. 1+2+4+⋯+210=1−2111−2=211−1=2 0471 + 2 + 4 + \cdots + 2^{10} = \dfrac{1 - 2^{11}}{1 - 2} = 2^{11} - 1 = 2\,047.

1.4 Sens de variation

Définitions. La suite (un)(u_n) est :

  • croissante si un+1≥unu_{n+1} \geq u_n pour tout nn ; strictement croissante si un+1>unu_{n+1} > u_n pour tout nn ;
  • décroissante si un+1≤unu_{n+1} \leq u_n pour tout nn ; strictement décroissante si un+1<unu_{n+1} < u_n pour tout nn ;
  • monotone si elle est croissante ou décroissante ; constante si un+1=unu_{n+1} = u_n pour tout nn.

On dit aussi qu'une suite est croissante à partir d'un rang n0n_0 si un+1≥unu_{n+1} \geq u_n pour tout n≥n0n \geq n_0.

Méthodes.

  1. Étudier le signe de un+1−unu_{n+1} - u_n.
  2. Si un=f(n)u_n = f(n) avec ff monotone sur [0 ;+∞[[0\,;+\infty[, la suite a le même sens de variation que ff.
  3. Suite arithmétique : croissante si r≥0r \geq 0, décroissante si r≤0r \leq 0.
  4. Suite géométrique avec u0>0u_0 > 0 et q>0q > 0 : comme un+1−un=u0 qn(q−1)u_{n+1} - u_n = u_0\,q^n(q - 1), elle est croissante si q>1q > 1 et décroissante si 0<q<10 < q < 1 (strictement dans les deux cas).

Exemple 4. Étudier le sens de variation de un=n2−4nu_n = n^2 - 4n.

un+1−un=(n+1)2−4(n+1)−n2+4n=2n−3.u_{n+1} - u_n = (n+1)^2 - 4(n+1) - n^2 + 4n = 2n - 3. Cette différence est négative pour n=0n = 0 et n=1n = 1, positive pour n≥2n \geq 2. Les premiers termes sont 00, −3-3, −4-4, −3-3, 00, 55 : la suite décroît jusqu'au rang 22, puis elle est croissante à partir du rang 22. Autre méthode : un=f(n)u_n = f(n) avec f(x)=x2−4xf(x) = x^2 - 4x, dont la dérivée 2x−42x - 4 est positive sur [2 ;+∞[[2\,;+\infty[.

Attention. La méthode 2 ne vaut que pour un=f(n)u_n = f(n). Pour une suite définie par un+1=f(un)u_{n+1} = f(u_n), le sens de variation de ff ne donne pas celui de la suite.

Exemple 5. Avec f(x)=12x+3f(x) = \dfrac12 x + 3, qui est croissante :

  • si u0=0u_0 = 0, on obtient 00, 33, 92\frac92, 214\frac{21}{4}… : les premiers termes montent ;
  • si u0=10u_0 = 10, on obtient 1010, 88, 77, 132\frac{13}{2}… : les premiers termes descendent.

Pour conclure sur le sens de variation, il faut une démonstration : ce sera la leçon 5, grâce au raisonnement par récurrence.

Leçon 2 : Le raisonnement par récurrence

Voir la vidéo de la leçon 2

2.1 Vérifier ne suffit pas

Pour chaque entier nn, calculons n2−n+41n^2 - n + 41. On obtient 4141, 4141, 4343, 4747, 5353, 6161… et ainsi de suite jusqu'à n=40n = 40 : ces 4141 nombres sont tous premiers. Pourtant, pour n=41n = 41 : 412−41+41=412=1 681,41^2 - 41 + 41 = 41^2 = 1\,681, qui n'est pas premier. Vérifier un grand nombre de cas ne démontre rien. Pour prouver qu'une propriété est vraie pour tous les entiers, il faut un raisonnement.

2.2 Le principe de récurrence

Principe. Soit P(n)\mathcal{P}(n) une propriété qui dépend d'un entier naturel nn, et n0n_0 un entier naturel. Si :

  1. Initialisation : P(n0)\mathcal{P}(n_0) est vraie ;
  2. Hérédité : pour tout entier n≥n0n \geq n_0, si P(n)\mathcal{P}(n) est vraie, alors P(n+1)\mathcal{P}(n+1) est vraie ;

alors P(n)\mathcal{P}(n) est vraie pour tout entier n≥n0n \geq n_0.

L'image des dominos. L'initialisation fait tomber le premier domino. L'hérédité garantit que chaque domino qui tombe fait tomber le suivant. Alors P(n0)\mathcal{P}(n_0) entraîne P(n0+1)\mathcal{P}(n_0 + 1), qui entraîne P(n0+2)\mathcal{P}(n_0 + 2), et ainsi de suite : tous les dominos tombent.

Ce que dit vraiment l'hérédité. On ne suppose pas que P(n)\mathcal{P}(n) est vraie pour tout nn (ce serait supposer ce qu'on veut démontrer). On montre une implication : pour un entier nn quelconque, si P(n)\mathcal{P}(n) est vraie, alors P(n+1)\mathcal{P}(n+1) l'est aussi.

2.3 Rédiger une récurrence

Une récurrence se rédige en quatre temps.

  1. Énoncer la propriété : « Pour tout entier n≥n0n \geq n_0, on note P(n)\mathcal{P}(n) : … »
  2. Initialisation : vérifier que P(n0)\mathcal{P}(n_0) est vraie.
  3. Hérédité : « Soit n≥n0n \geq n_0 un entier tel que P(n)\mathcal{P}(n) est vraie. Montrons que P(n+1)\mathcal{P}(n+1) est vraie. » L'affirmation « P(n)\mathcal{P}(n) est vraie » s'appelle l'hypothèse de récurrence : on a le droit de s'en servir.
  4. Conclusion : « Par récurrence, P(n)\mathcal{P}(n) est vraie pour tout entier n≥n0n \geq n_0. »

2.4 Un premier exemple

Exemple 6. Montrer que, pour tout n∈Nn \in \mathbb{N}, 4n−14^n - 1 est divisible par 33.

Pour n∈Nn \in \mathbb{N}, on note P(n)\mathcal{P}(n) : « 4n−14^n - 1 est divisible par 33 ».

Initialisation. 40−1=0=3×04^0 - 1 = 0 = 3 \times 0 : P(0)\mathcal{P}(0) est vraie.

Hérédité. Soit n∈Nn \in \mathbb{N} tel que P(n)\mathcal{P}(n) est vraie : il existe un entier kk tel que 4n−1=3k4^n - 1 = 3k, c'est-à-dire 4n=3k+14^n = 3k + 1. Alors 4n+1−1=4×4n−1=4(3k+1)−1=12k+3=3(4k+1).4^{n+1} - 1 = 4 \times 4^n - 1 = 4(3k + 1) - 1 = 12k + 3 = 3(4k + 1). Comme 4k+14k + 1 est un entier, 4n+1−14^{n+1} - 1 est divisible par 33 : P(n+1)\mathcal{P}(n+1) est vraie.

Conclusion. Pour tout n∈Nn \in \mathbb{N}, 4n−14^n - 1 est divisible par 33. (Premières valeurs : 00, 33, 1515, 6363.)

2.5 Les deux étapes sont indispensables

Sans initialisation, l'hérédité ne prouve rien. Prenons P(n)\mathcal{P}(n) : « 4n+14^n + 1 est divisible par 33 ». Elle est héréditaire : si 4n+1=3k4^n + 1 = 3k, alors 4n+1+1=4(4n+1)−3=4×3k−3=3(4k−1).4^{n+1} + 1 = 4(4^n + 1) - 3 = 4 \times 3k - 3 = 3(4k - 1). Mais 40+1=24^0 + 1 = 2 n'est pas divisible par 33. En fait, P(n)\mathcal{P}(n) est fausse pour tout nn : d'après l'exemple 6, 4n−14^n - 1 est un multiple de 33, donc 4n+1=(4n−1)+24^n + 1 = (4^n - 1) + 2 a pour reste 22 dans la division par 33.

Sans hérédité, vérifier des cas ne suffit pas : c'est l'exemple de n2−n+41n^2 - n + 41 (paragraphe 2.1).

2.6 Un peu d'histoire

Le raisonnement par récurrence est très ancien. On en trouve des formes vers l'an 1000 chez al-Karaji, puis au XIIᵉ siècle chez as-Samaw'al, deux mathématiciens de langue arabe, et au XVIᵉ siècle chez Maurolico. Pascal l'emploie au XVIIᵉ siècle dans son Traité du triangle arithmétique. À la fin du XIXᵉ siècle, Peano en fait l'un des principes de base des nombres entiers.

Leçon 3 : Récurrence et égalités

Voir la vidéo de la leçon 3

3.1 La méthode

Pour démontrer une égalité par récurrence, l'hérédité suit toujours le même plan.

  1. Écrire au brouillon le but : l'égalité au rang n+1n + 1.
  2. Partir d'un des deux membres, en général le plus compliqué, et y faire apparaître l'expression du rang nn.
  3. Remplacer grâce à l'hypothèse de récurrence, puis calculer jusqu'au but.

3.2 Le terme général d'une suite définie par récurrence

Exemple 7. Soit (un)(u_n) définie par u0=1u_0 = 1 et un+1=2un+1u_{n+1} = 2u_n + 1.

Conjecture. Les premiers termes sont 11, 33, 77, 1515, 3131 : chacun est une puissance de 22 moins 11. On conjecture que un=2n+1−1u_n = 2^{n+1} - 1 pour tout nn.

Démonstration. On note P(n)\mathcal{P}(n) : « un=2n+1−1u_n = 2^{n+1} - 1 ».

  • Initialisation. 21−1=1=u02^1 - 1 = 1 = u_0 : P(0)\mathcal{P}(0) est vraie.
  • Hérédité. Soit n∈Nn \in \mathbb{N} tel que P(n)\mathcal{P}(n) est vraie. Le but est un+1=2n+2−1u_{n+1} = 2^{n+2} - 1. On part de un+1u_{n+1} : un+1=2un+1=2(2n+1−1)+1=2n+2−2+1=2n+2−1.u_{n+1} = 2u_n + 1 = 2\left(2^{n+1} - 1\right) + 1 = 2^{n+2} - 2 + 1 = 2^{n+2} - 1. P(n+1)\mathcal{P}(n+1) est vraie.
  • Conclusion. Pour tout n∈Nn \in \mathbb{N}, un=2n+1−1u_n = 2^{n+1} - 1.

3.3 Des formules de sommes

Pour une somme, le rang n+1n + 1 s'obtient à partir du rang nn en ajoutant un seul terme.

Exemple 8 (somme des nombres impairs). Montrer que, pour tout entier n≥1n \geq 1, 1+3+5+⋯+(2n−1)=n2.1 + 3 + 5 + \cdots + (2n - 1) = n^2. On le devine en calculant : 1=121 = 1^2, 1+3=221 + 3 = 2^2, 1+3+5=321 + 3 + 5 = 3^2. Sur un dessin, chaque nouveau nombre impair ajoute une bande en équerre autour du carré précédent.

  • Initialisation (n=1n = 1) : la somme se réduit à 1=121 = 1^2.
  • Hérédité. Supposons 1+3+⋯+(2n−1)=n21 + 3 + \cdots + (2n - 1) = n^2 pour un entier n≥1n \geq 1. Le nombre impair suivant est 2n+1=2(n+1)−12n + 1 = 2(n+1) - 1, donc 1+3+⋯+(2n−1)+(2n+1)=n2+2n+1=(n+1)2.1 + 3 + \cdots + (2n - 1) + (2n + 1) = n^2 + 2n + 1 = (n + 1)^2.
  • Conclusion. La formule est vraie pour tout n≥1n \geq 1.

Exemple 9 (somme des carrés). Montrer que, pour tout entier n≥1n \geq 1, 12+22+⋯+n2=n(n+1)(2n+1)6.1^2 + 2^2 + \cdots + n^2 = \frac{n(n+1)(2n+1)}{6}.

  • Initialisation (n=1n = 1) : 1×2×36=1=12\dfrac{1 \times 2 \times 3}{6} = 1 = 1^2.
  • Hérédité. Supposons la formule vraie au rang nn. Le but est (n+1)(n+2)(2n+3)6\dfrac{(n+1)(n+2)(2n+3)}{6}, car 2(n+1)+1=2n+32(n+1) + 1 = 2n + 3. On ajoute (n+1)2(n+1)^2 et on met n+1n + 1 en facteur au lieu de tout développer : n(n+1)(2n+1)6+(n+1)2=n+16[n(2n+1)+6(n+1)]=n+16(2n2+7n+6).\frac{n(n+1)(2n+1)}{6} + (n+1)^2 = \frac{n+1}{6}\big[n(2n+1) + 6(n+1)\big] = \frac{n+1}{6}\left(2n^2 + 7n + 6\right). Le trinôme 2n2+7n+62n^2 + 7n + 6 a pour racines −2-2 et −32-\frac32 : il se factorise en (n+2)(2n+3)(n+2)(2n+3). On obtient (n+1)(n+2)(2n+3)6\dfrac{(n+1)(n+2)(2n+3)}{6} : c'est la formule au rang n+1n + 1.
  • Conclusion. La formule est vraie pour tout n≥1n \geq 1.

Notation. Une somme peut s'écrire de façon concise avec le symbole ∑\sum : 12+22+⋯+n2=∑k=1nk21^2 + 2^2 + \cdots + n^2 = \displaystyle\sum_{k=1}^{n} k^2. Le programme l'utilise seulement comme écriture ; dans ce chapitre, on écrit les sommes avec des points de suspension.

Leçon 4 : Récurrence et inégalités, l'inégalité de Bernoulli

Voir la vidéo de la leçon 4

4.1 Trois règles pour les inégalités

Dans l'hérédité d'une inégalité, trois règles servent sans arrêt. Pour tous réels aa, bb, cc et kk :

  1. Ajouter : si a≥ba \geq b, alors a+c≥b+ca + c \geq b + c.
  2. Multiplier par un nombre strictement positif : si a≥ba \geq b et k>0k > 0, alors ka≥kbka \geq kb. Attention : si k<0k < 0, le sens change, ka≤kbka \leq kb.
  3. Avancer par étapes : si a≥ba \geq b et b≥cb \geq c, alors a≥ca \geq c.

4.2 L'inégalité de Bernoulli

C'est une démonstration du programme. Elle servira au chapitre 2 pour étudier le comportement de qnq^n.

Propriété (inégalité de Bernoulli). Soit aa un réel strictement positif. Pour tout entier naturel nn, (1+a)n≥1+na.(1 + a)^n \geq 1 + na.

Démonstration. Pour n∈Nn \in \mathbb{N}, on note P(n)\mathcal{P}(n) : « (1+a)n≥1+na(1 + a)^n \geq 1 + na ».

Initialisation. (1+a)0=1(1 + a)^0 = 1 et 1+0×a=11 + 0 \times a = 1 : P(0)\mathcal{P}(0) est vraie.

Hérédité. Soit n∈Nn \in \mathbb{N} tel que (1+a)n≥1+na(1 + a)^n \geq 1 + na. On multiplie les deux membres par 1+a1 + a, qui est strictement positif : le sens ne change pas. (1+a)n+1≥(1+na)(1+a)=1+a+na+na2=1+(n+1)a+na2.(1 + a)^{n+1} \geq (1 + na)(1 + a) = 1 + a + na + na^2 = 1 + (n+1)a + na^2. Or na2≥0na^2 \geq 0, donc 1+(n+1)a+na2≥1+(n+1)a1 + (n+1)a + na^2 \geq 1 + (n+1)a. Par étapes, (1+a)n+1≥1+(n+1)a(1 + a)^{n+1} \geq 1 + (n+1)a : P(n+1)\mathcal{P}(n+1) est vraie.

Conclusion. Pour tout n∈Nn \in \mathbb{N}, (1+a)n≥1+na(1 + a)^n \geq 1 + na.

Remarques.

  • L'inégalité reste vraie pour a=0a = 0 (c'est alors une égalité), et même pour −1≤a<0-1 \leq a < 0 : la démonstration n'utilise que 1+a≥01 + a \geq 0.
  • Sur un graphique avec a=0,5a = 0{,}5 : les points (n ;1+0,5n)(n\,;1 + 0{,}5n) sont alignés, les points (n ;1,5n)(n\,;1{,}5^n) montent de plus en plus vite et ne passent jamais en dessous. Il y a égalité pour n=0n = 0 et n=1n = 1.

4.3 Une lecture concrète

Exemple 10. 1 0001\,000 € placés à 3 %3\,\% par an à intérêts composés deviennent Cn=1 000×1,03nC_n = 1\,000 \times 1{,}03^n (exemple 2). Avec a=0,03a = 0{,}03, l'inégalité de Bernoulli donne Cn≥1 000 (1+0,03n)=1 000+30n.C_n \geq 1\,000\,(1 + 0{,}03n) = 1\,000 + 30n. Un placement à intérêts composés rapporte donc au moins autant que le même placement à intérêts simples. Au bout de dix ans : environ 1 3441\,344 € contre 1 3001\,300 €.

4.4 Une inégalité vraie à partir d'un rang

L'initialisation se fait au premier rang où la propriété est demandée.

Exemple 11. Comparer 2n2^n et n2n^2.

nn 00 11 22 33 44 55 66
2n2^n 11 22 44 88 1616 3232 6464
n2n^2 00 11 44 99 1616 2525 3636

L'inégalité 2n≥n22^n \geq n^2 est vraie pour n=0n = 0, 11, 22, fausse pour n=3n = 3, puis semble toujours vraie. Montrons que 2n≥n22^n \geq n^2 pour tout n≥4n \geq 4.

  • Initialisation (n=4n = 4) : 24=16=422^4 = 16 = 4^2.
  • Hérédité. Soit n≥4n \geq 4 tel que 2n≥n22^n \geq n^2. En multipliant par 2>02 > 0 : 2n+1≥2n22^{n+1} \geq 2n^2. Il reste à comparer 2n22n^2 et (n+1)2(n+1)^2 : 2n2−(n+1)2=n2−2n−1=(n−1)2−2.2n^2 - (n + 1)^2 = n^2 - 2n - 1 = (n - 1)^2 - 2. Comme n≥4n \geq 4, (n−1)2≥9(n - 1)^2 \geq 9, donc (n−1)2−2>0(n - 1)^2 - 2 > 0. Par étapes, 2n+1≥2n2≥(n+1)22^{n+1} \geq 2n^2 \geq (n + 1)^2.
  • Conclusion. Pour tout n≥4n \geq 4, 2n≥n22^n \geq n^2.

Leçon 5 : Suites définies par un+1=f(un)u_{n+1} = f(u_n) : encadrement et sens de variation

Voir la vidéo de la leçon 5

5.1 Suites majorées, minorées, bornées

Définitions. La suite (un)(u_n) est :

  • majorée s'il existe un réel MM tel que un≤Mu_n \leq M pour tout nn (MM est un majorant) ;
  • minorée s'il existe un réel mm tel que un≥mu_n \geq m pour tout nn (mm est un minorant) ;
  • bornée si elle est à la fois majorée et minorée : m≤un≤Mm \leq u_n \leq M pour tout nn.

Une suite croissante est minorée par son premier terme u0u_0 ; une suite décroissante est majorée par u0u_0.

5.2 Représenter une suite récurrente

Pour une suite définie par u0u_0 et un+1=f(un)u_{n+1} = f(u_n), on trace la courbe de ff et la droite d'équation y=xy = x.

  1. On part de u0u_0 sur l'axe des abscisses et on monte jusqu'à la courbe : l'ordonnée lue est u1=f(u0)u_1 = f(u_0).
  2. On rejoint horizontalement la droite y=xy = x : le point obtenu a pour abscisse u1u_1, qu'on reporte sur l'axe des abscisses.
  3. On recommence à partir de u1u_1.

Le dessin permet de conjecturer le comportement de la suite. Il ne le démontre pas : c'est le rôle de la récurrence.

5.3 La méthode : une récurrence double

Pour encadrer la suite et trouver son sens de variation en même temps, on démontre par récurrence une propriété du type P(n):a≤un≤un+1≤b(ou a≤un+1≤un≤b).\mathcal{P}(n) : \quad a \leq u_n \leq u_{n+1} \leq b \qquad \text{(ou } a \leq u_{n+1} \leq u_n \leq b\text{)}. L'idée clé de l'hérédité : si ff est croissante sur [a ;b][a\,;b], alors pour xx et yy dans [a ;b][a\,;b], x≤yx \leq y entraîne f(x)≤f(y)f(x) \leq f(y). On peut donc appliquer ff à toute la chaîne d'inégalités sans changer leur sens : a≤un≤un+1≤b  ⟹  f(a)≤un+1≤un+2≤f(b).a \leq u_n \leq u_{n+1} \leq b \;\Longrightarrow\; f(a) \leq u_{n+1} \leq u_{n+2} \leq f(b). Il reste à vérifier que f(a)≥af(a) \geq a et f(b)≤bf(b) \leq b.

Exemple 12. Soit (un)(u_n) définie par u0=0u_0 = 0 et un+1=12un+3u_{n+1} = \dfrac12 u_n + 3. On note f(x)=12x+3f(x) = \dfrac12 x + 3.

On note P(n)\mathcal{P}(n) : « 0≤un≤un+1≤60 \leq u_n \leq u_{n+1} \leq 6 ».

  • Initialisation. u0=0u_0 = 0 et u1=3u_1 = 3 : on a bien 0≤0≤3≤60 \leq 0 \leq 3 \leq 6.
  • Hérédité. Soit n∈Nn \in \mathbb{N} tel que P(n)\mathcal{P}(n) est vraie. La fonction ff est affine de coefficient 12>0\frac12 > 0 : elle est croissante sur R\mathbb{R}. En appliquant ff : f(0)≤f(un)≤f(un+1)≤f(6),soit3≤un+1≤un+2≤6.f(0) \leq f(u_n) \leq f(u_{n+1}) \leq f(6), \quad\text{soit}\quad 3 \leq u_{n+1} \leq u_{n+2} \leq 6. Comme 0≤30 \leq 3, on obtient 0≤un+1≤un+2≤60 \leq u_{n+1} \leq u_{n+2} \leq 6 : P(n+1)\mathcal{P}(n+1) est vraie.
  • Conclusion. Pour tout nn, 0≤un≤un+1≤60 \leq u_n \leq u_{n+1} \leq 6.

La suite (un)(u_n) est donc croissante et bornée : 0≤un≤60 \leq u_n \leq 6 pour tout nn. Le nombre 66 n'est pas choisi au hasard : c'est la solution de f(x)=xf(x) = x, abscisse du point d'intersection de la courbe et de la droite y=xy = x.

Exemple 13. Même fonction ff, mais u0=10u_0 = 10. Alors u1=8u_1 = 8. On démontre de la même façon P(n)\mathcal{P}(n) : « 6≤un+1≤un≤106 \leq u_{n+1} \leq u_n \leq 10 ».

  • Initialisation. 6≤8≤10≤106 \leq 8 \leq 10 \leq 10.
  • Hérédité. Si 6≤un+1≤un≤106 \leq u_{n+1} \leq u_n \leq 10, alors, ff étant croissante, f(6)≤un+2≤un+1≤f(10)f(6) \leq u_{n+2} \leq u_{n+1} \leq f(10), soit 6≤un+2≤un+1≤8≤106 \leq u_{n+2} \leq u_{n+1} \leq 8 \leq 10.

Cette fois, la suite est décroissante et minorée par 66.

5.4 Ce qui décide du sens de variation

Dans les exemples 12 et 13, la fonction ff est la même et elle est croissante. Pourtant une suite croît et l'autre décroît : ff croissante ne veut pas dire (un)(u_n) croissante.

Intervalle stable. On dit qu'un intervalle II est stable par ff si f(x)∈If(x) \in I pour tout x∈Ix \in I. Si II est stable par ff et u0∈Iu_0 \in I, alors un∈Iu_n \in I pour tout nn (récurrence immédiate : si un∈Iu_n \in I, alors un+1=f(un)∈Iu_{n+1} = f(u_n) \in I).

Propriété. Soit ff croissante sur un intervalle II stable par ff, et u0∈Iu_0 \in I.

  • Si u0≤u1u_0 \leq u_1, la suite (un)(u_n) est croissante.
  • Si u0≥u1u_0 \geq u_1, la suite (un)(u_n) est décroissante.

Démonstration (premier cas). On note P(n)\mathcal{P}(n) : « un≤un+1u_n \leq u_{n+1} ». P(0)\mathcal{P}(0) est l'hypothèse u0≤u1u_0 \leq u_1. Si un≤un+1u_n \leq u_{n+1}, ces deux termes sont dans II et ff y est croissante, donc f(un)≤f(un+1)f(u_n) \leq f(u_{n+1}), c'est-à-dire un+1≤un+2u_{n+1} \leq u_{n+2}. Le second cas est identique, avec les inégalités dans l'autre sens.

Exemple 14. Soit u0=1u_0 = 1 et un+1=un+6u_{n+1} = \sqrt{u_n + 6}. La fonction f(x)=x+6f(x) = \sqrt{x + 6} est croissante sur [−6 ;+∞[[-6\,;+\infty[ (composée de x↦x+6x \mapsto x + 6 et de la racine carrée, toutes deux croissantes ; ou bien f′(x)=12x+6>0f'(x) = \frac{1}{2\sqrt{x+6}} > 0).

On montre par récurrence P(n)\mathcal{P}(n) : « 1≤un≤un+1≤31 \leq u_n \leq u_{n+1} \leq 3 ».

  • Initialisation. u1=7≈2,65u_1 = \sqrt7 \approx 2{,}65, et 1≤1≤7≤31 \leq 1 \leq \sqrt7 \leq 3 car 7≤97 \leq 9.
  • Hérédité. Si 1≤un≤un+1≤31 \leq u_n \leq u_{n+1} \leq 3, alors f(1)≤un+1≤un+2≤f(3)f(1) \leq u_{n+1} \leq u_{n+2} \leq f(3), soit 7≤un+1≤un+2≤3\sqrt7 \leq u_{n+1} \leq u_{n+2} \leq 3, et 1≤71 \leq \sqrt7.

La suite est croissante et comprise entre 11 et 33. Ici aussi, 33 vérifie f(3)=9=3f(3) = \sqrt9 = 3.

Attention, ff décroissante. Si ff est décroissante, la suite peut osciller sans être monotone. Avec v0=0v_0 = 0 et vn+1=11+vnv_{n+1} = \dfrac{1}{1 + v_n}, on obtient 00, 11, 12\frac12, 23\frac23, 35\frac35… : les termes montent et descendent tour à tour. On peut tout de même encadrer : si 0≤vn≤10 \leq v_n \leq 1, alors 1≤1+vn≤21 \leq 1 + v_n \leq 2, donc 12≤vn+1≤1\frac12 \leq v_{n+1} \leq 1. Par récurrence, 0≤vn≤10 \leq v_n \leq 1 pour tout nn.

Au chapitre 2, tu verras ce que ces encadrements permettent de dire sur la limite de la suite.

Ce qu'il faut retenir du chapitre

  1. Suites de Première : arithmétique un=u0+nru_n = u_0 + nr, géométrique un=u0 qnu_n = u_0\,q^n ; 1+2+⋯+n=n(n+1)21 + 2 + \cdots + n = \frac{n(n+1)}{2} et 1+q+⋯+qn=1−qn+11−q1 + q + \cdots + q^n = \frac{1 - q^{n+1}}{1 - q} pour q≠1q \neq 1.
  2. Sens de variation : signe de un+1−unu_{n+1} - u_n ; si un=f(n)u_n = f(n), même sens que ff ; jamais directement le sens de ff quand un+1=f(un)u_{n+1} = f(u_n).
  3. Récurrence : initialisation au rang n0n_0, puis hérédité « si P(n)\mathcal{P}(n), alors P(n+1)\mathcal{P}(n+1) » pour tout n≥n0n \geq n_0. Les deux étapes sont indispensables, et vérifier des exemples ne démontre rien.
  4. Égalités : écrire le but au rang n+1n + 1, partir d'un membre, faire apparaître l'hypothèse de récurrence ; pour une somme, on ajoute un seul terme ; factoriser plutôt que développer.
  5. Inégalités : multiplier seulement par des nombres positifs, avancer par étapes.
  6. Inégalité de Bernoulli : pour a>0a > 0 et n∈Nn \in \mathbb{N}, (1+a)n≥1+na(1 + a)^n \geq 1 + na.
  7. Suites un+1=f(un)u_{n+1} = f(u_n) : encadrement et sens de variation par une récurrence double a≤un≤un+1≤ba \leq u_n \leq u_{n+1} \leq b, en appliquant ff croissante à toute la chaîne.
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